J’ai arrêté de prédire l’avenir de la technologie

par Serguey Shinder

J’ai passé une bonne partie de ma jeunesse professionnelle à essayer de deviner l’avenir. Quel langage allait dominer, quelle plateforme allait gagner, quelle mode allait durer et laquelle s’effondrerait. Je lisais les prédictions avec avidité, je pariais sur des technologies comme on parie sur des chevaux, et je me sentais malin quand j’avais raison. Le problème, c’est que j’avais raison à peu près aussi souvent qu’une pièce lancée en l’air.

Avec le recul, je me rends compte du nombre de certitudes qui se sont dissoutes. Des technologies que tout le monde jugeait mortes ont ressuscité. Des révolutions annoncées ont accouché de peu. Des choses que personne n’avait vues venir ont tout changé en quelques années. L’avenir de la tech n’a presque jamais ressemblé à ce que les gens sérieux prédisaient, moi compris. La confiance des prédictions n’avait aucun rapport avec leur justesse.

Alors j’ai arrêté de prédire, et j’ai commencé à me préparer, ce qui est très différent. Prédire, c’est parier sur une version précise du futur et risquer d’avoir tout misé au mauvais endroit. Se préparer, c’est se rendre robuste à plusieurs futurs possibles. On ne mise plus sur un cheval ; on apprend à monter n’importe lequel.

Concrètement, cela a changé ce que je cultive. Je m’attache moins aux outils particuliers et plus à ce qui les traverse tous : comprendre les fondements, savoir apprendre vite, garder une curiosité qui s’adapte au terrain qu’on lui donne. Ces capacités ne dépendent pas de quel langage gagnera ou de quelle plateforme dominera. Elles valent quel que soit le futur qui arrive — et c’est précisément pour ça qu’elles valent.

Je ne sais pas à quoi ressemblera notre métier dans dix ans, et j’ai cessé de faire semblant de le savoir. Ce que je sais, c’est qu’il sera différent, que la plupart des prédictions confiantes d’aujourd’hui paraîtront naïves, et que la meilleure position n’est pas d’avoir deviné juste. C’est d’être resté assez souple pour accueillir ce qu’on n’avait pas deviné du tout.

– Serguey Asael Shinder

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