par Serguey Shinder
Ma journée de travail était un mixeur. Le travail profond et le travail superficiel tournaient ensemble toute la journée : j’étais au cœur de quelque chose de difficile, un e-mail arrivait, j’y répondais, puis un message, puis une petite tâche, et quand je revenais à la chose difficile, j’avais perdu le fil et devais tout reconstruire.
Je ne comprenais pas pourquoi le vrai travail — le travail dur, celui qui demande de penser — n’avançait jamais. J’étais occupé du matin au soir. Mais l’occupation n’était pas du progrès ; c’était de l’agitation, et l’agitation ne construit rien.
Alors j’ai essayé une chose simple, presque trop simple. J’ai protégé mes matins. Les deux premières heures, avant que le monde ne se réveille, réservées à une seule chose : la tâche qui comptait le plus. Pas d’e-mail, pas de messages, pas de « petite question rapide ». Une porte fermée, au sens propre comme au figuré.
La différence a été absurde. Ces deux heures calmes produisaient plus que le reste de la journée fragmentée. Non parce que j’y étais plus intelligent, mais parce que j’y étais entier — une seule tâche, sans les coûts cachés de tous ces changements de contexte qui, mis bout à bout, dévoraient mes journées.
Le reste du travail — les messages, les réunions, les petites choses — a trouvé sa place dans l’espace qui restait. Il en trouve toujours. Ce qui ne trouve jamais sa place tout seul, c’est le travail profond ; celui-là, il faut le défendre, parce que personne d’autre ne le défendra pour toi. J’ai cessé de remplir chaque minute, et j’ai commencé à protéger les bonnes. Mes matins sont redevenus les miens, et avec eux, le travail que je croyais ne jamais avoir le temps de faire.
– Serguey Asael Shinder
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